BRUME
Salut, moi c’est Brume et si aujourd’hui je vais vous raconter mon histoire, c’est pour vous sensibiliser…
J’ai vécu l’horreur, tout comme l’équipe du Refuge et ma famille d’accueil.
𝗡𝗼𝘂𝘀 𝘀𝗼𝗺𝗺𝗲𝘀 𝗲𝗻 𝗽𝗲𝗶𝗻𝗲, 𝗱𝗲́𝘃𝗮𝘀𝘁𝗲́𝘀, 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝘀𝗶 𝗹𝗮 𝗺𝗼𝗿𝘁 𝗱𝗲 𝗺𝗲𝘀 𝗳𝗿𝗲̀𝗿𝗲𝘀 𝗽𝗲𝘂𝘁 𝗮𝘂𝗷𝗼𝘂𝗿𝗱’𝗵𝘂𝗶 𝘀𝗮𝘂𝘃𝗲𝗿 𝗱’𝗮𝘂𝘁𝗿𝗲𝘀 𝗷𝗲𝘂𝗻𝗲𝘀 𝗰𝗵𝗶𝗼𝘁𝘀, 𝗮𝗹𝗼𝗿𝘀 𝘂𝗻 𝗽𝗲𝘂 𝗱𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗲𝗶𝗻𝗲 𝘀𝗲𝗿𝗮 𝗽𝗲𝘂𝘁-𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝗮𝗱𝗼𝘂𝗰𝗶𝗲. 
Je suis arrivée au Refuge il y a quatre semaines. Nous étions trois petits orphelins qui embarquions dans ce qui devait être la plus belle histoire de notre vie.
Dès notre arrivée, on nous confia à une famille d’accueil incroyable et à leur chienne, Zarah. Zarah nous accompagna dans notre développement et, d’une certaine façon, elle devint notre maman. Pendant ce temps, les humains, eux, nous aimèrent avec un grand A dès le premier jour. Pour eux, nous étions ces trois petites boules de poils qui allaient mettre encore plus de vie et de bonheur dans leur routine de retraite active.
Expérimentés et complètement passionnés par les chiens, ils se sont lancés dans cette aventure avec des étoiles dans les yeux.
𝗨𝗻𝗲 𝗽𝗲𝘁𝗶𝘁𝗲 𝗺𝗲𝘂𝘁𝗲, 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗲́𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀. 
Trois petites boules de poils qui profitaient de leur grand terrain, de la nature, de la tranquillité d’une vie reculée en milieu rural et, surtout, de leur présence.
Les photos et suivis de notre petite vie tranquille dans notre famille d’accueil faisaient rêvasser l’équipe du Refuge : siestes au soleil, journées à courir dans la verdure et heure du dodo toujours bien épuisés de nos aventures.
Il ne faisait aucun doute : 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗮𝘃𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗹𝗮 𝗾𝘂𝗶𝗻𝘁𝗲𝘀𝘀𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗳𝗮𝗺𝗶𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗱’𝗮𝗰𝗰𝘂𝗲𝗶𝗹 pour nous permettre de nous développer et, éventuellement, de rejoindre nos familles pour la vie.
Puis, un samedi soir, vers 18 h, le téléphone sonna.
𝗨𝗻 𝗮𝗽𝗽𝗲𝗹 𝗱’𝘂𝗿𝗴𝗲𝗻𝗰𝗲.
C’était Nanook.
Il était en état de choc, en détresse respiratoire et incapable de se maintenir debout. Il fallait agir. Maintenant.
Notre famille d’accueil prit immédiatement la route avec Nanook dans l’espoir de rejoindre suffisamment rapidement un centre d’urgence vétérinaire ouvert 24 heures.
Mais dès son arrivée, alors que l’équipe médicale le prenait en charge en urgence, 𝗹𝗲 𝗽𝗲𝘁𝗶𝘁 𝗰œ𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝗡𝗮𝗻𝗼𝗼𝗸 𝗰𝗲𝘀𝘀𝗮 𝗱𝗲 𝗯𝗮𝘁𝘁𝗿𝗲. Malgré les tentatives de réanimation. Malgré la rapidité d’action de notre famille d’accueil. Malgré celle de l’équipe du Refuge, Nanook était parti. 
Tout le monde était dans le néant. 𝗣𝗼𝘂𝗿𝗾𝘂𝗼𝗶? 𝗖𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁?
Une autopsie allait peut-être pouvoir nous aiguiller et apporter quelques réponses à nos cœurs meurtris.
Notre famille d’accueil quitta donc l’hôpital en laissant derrière eux leur tendre Nanook, celui qu’ils avaient protégé et aimé pendant toutes ces semaines. Impatients de nous retrouver, Yuki et moi, pour nous consoler, nous cajoler et nous aimer.
𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗮𝗹𝗼𝗿𝘀 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗽𝗲𝗻𝘀𝗶𝗼𝗻𝘀 𝘁𝗼𝘂𝘀 𝗾𝘂𝗲 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝘀𝗼𝗶𝗿𝗲́𝗲 𝗵𝗼𝗿𝗿𝗶𝗳𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗲́𝘁𝗮𝗶𝘁 𝘁𝗲𝗿𝗺𝗶𝗻𝗲́𝗲… 𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗻𝗲 𝗳𝗮𝗶𝘀𝗮𝗶𝘁 𝗲𝗻 𝗿𝗲́𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́ 𝗾𝘂𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝗰𝗲𝗿.
Je me rappellerai toujours des cris, des pleurs, de la panique, de la détresse. Ils venaient de passer le cadre de la porte lorsqu’ils nous trouvèrent.
Yuki et moi étions maintenant en détresse.
La bave à la bouche, les convulsions, le corps tendu, l’esprit confus…
𝗟𝗮 𝗺𝗼𝗿𝘁 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗴𝘂𝗲𝘁𝘁𝗮𝗶𝘁.
𝗟𝗮 𝗺𝗼𝗿𝘁 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗽𝗼𝘂𝗿𝗰𝗵𝗮𝘀𝘀𝗮𝗶𝘁.
Dans notre petit espace sécurisé de poupons, à l’intérieur de la maison, nos vies étaient dangereusement menacées. Sans attendre, nous avons pris la route avec l’équipe du Refuge pour rejoindre un centre d’urgence vétérinaire ouvert 24 heures.
Installée aux côtés de mon frère en convulsions, je voyais son regard en détresse. Les sécrétions s’accumulaient dans ses voies respiratoires et rendaient cette action pourtant si naturelle, si banale… 𝗿𝗲𝘀𝗽𝗶𝗿𝗲𝗿… de plus en plus difficile.
J’étais presque comateuse, mais je me souviens de la panique. Je me souviens des paroles douces. Je me souviens des deux filles du Refuge qui repassaient sans relâche les différentes hypothèses possibles selon leur expérience.
Et je me souviens du regard de mon frère qui devenait de plus en plus absent. Il était tard. La nuit était tombée. La route était libre. 𝗘𝘁 𝗰𝗵𝗮𝗾𝘂𝗲 𝗺𝗶𝗻𝘂𝘁𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗽𝘁𝗮𝗶𝘁.
Sans centre d’urgence vétérinaire à proximité du Refuge, notre survie était devenue une véritable course contre la montre.
Dès notre arrivée, Yuki fut pris en charge, puis ce fut mon tour. Mais mon frère était déjà terriblement affaibli. Les convulsions qui s’étaient succédé sans répit avaient épuisé son petit corps.
Les manœuvres de réanimation furent entreprises. 𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗬𝘂𝗸𝗶 quitta alors à son tour. 
En quelques heures seulement, j’avais perdu mes deux frères. Nanook… Yuki…
Et maintenant…
𝗤𝘂’𝗮𝗱𝘃𝗶𝗲𝗻𝗱𝗿𝗮𝗶𝘁-𝗶𝗹 𝗱𝗲 𝗺𝗼𝗶? 𝗘́𝘁𝗮𝗶𝘀-𝗷𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗿𝗼𝗰𝗵𝗮𝗶𝗻𝗲?
On me stabilisa rapidement et on m’administra des anticonvulsivants. J’étais faible, fatiguée, presque comateuse… 𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗷’𝗲́𝘁𝗮𝗶𝘀 𝗲𝗻𝗰𝗼𝗿𝗲 𝗹𝗮̀. 
Je fus hospitalisée, on me garda alors pour la nuit.
Le soleil se levait pratiquement lorsque les deux filles du Refuge reprirent la route, le cœur meurtri par les événements traumatisants, la fatigue, l’incompréhension et la peur de me perdre à mon tour. Mais elles savaient que j’avais encore ma chance.
Le lendemain, l’équipe médicale téléphona… J’étais de retour à moi, énergique et pleine de vie. J’étais saine et sauve.
Nous avons été victimes d’une intoxication jusqu’à preuve du contraire.
L’équipe du Refuge et la famille d’accueil, obsédées par la recherche de réponses, firent alors d’innombrables recherches et des champignons toxiques furent trouvés sur la propriété.
La nature est vaste et un petit morceau de quelque chose peut être avalé tellement rapidement.
Un chiot est petit, innocent et incroyablement curieux. Il découvre son environnement avec tous ses sens. Certaines substances présentes dans l’environnement peuvent représenter un réel danger lorsqu’elles sont ingérées : certains champignons, plantes ou algues toxiques.
Mon histoire est celle d’humains qui partagent aujourd’hui une peine immense, des doutes, des peurs, des traumatismes et cette petite phrase qui revient sans cesse…
« Mais si… »
Mais c’est aussi l’histoire de trois petits chiens qui ont vécu une courte, mais merveilleuse vie au cœur de cette même nature qui, possiblement, nous a presque tous arrachés à la vie.
𝗔𝗹𝗼𝗿𝘀, 𝗲𝗻 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝘀𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻, 𝘀𝗼𝘆𝗲𝘇 𝘃𝗶𝗴𝗶𝗹𝗮𝗻𝘁𝘀. 

Parce que parfois, quelques secondes suffisent… Et parce que même dans les familles les plus expérimentées, les plus attentives et les plus aimantes, tout peut arriver.
Aujourd’hui, je peux enfin vous dire quelque chose que nous avons tous eu peur de ne jamais pouvoir dire :
𝗝𝗲 𝗺’𝗮𝗽𝗽𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗕𝗿𝘂𝗺𝗲, et maintenant, je suis enfin prête à rejoindre ma future famille.
Je suis une petite demoiselle énergique, avide d’aventures, sociable, amicale et j’apprends à une vitesse fulgurante.
J’ai encore toute une vie devant moi. 
𝗘𝘁 𝗷𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗽𝘁𝗲 𝗯𝗶𝗲𝗻 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝘃𝗿𝗲 𝗽𝗹𝗲𝗶𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗺𝗼𝗶… 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝘂𝗻 𝗽𝗲𝘂 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗲𝘂𝘅. 
Pour Nanook.
Pour Yuki. 
Alors, si tu veux me donner la chance de vivre pleinement cette grande vie qui m’attend, en l’honneur de mes deux frères, 𝗰’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝗿 𝗶𝗰𝗶. 

